Personne ne l’ignore : je n’ai plus vingt ans depuis soixante-dix ans !
Certes je remercie la Providence que ma santé physique reste cliniquement satisfaisante : je dors comme un bébé, je me couche et me lève sans avoir mal nulle part. Bien sûr la carcasse ne cesse de me rappeler à l’ordre, et je suis bien obligé de lui obéir.
Quant à ma santé mentale, que je mesure à ma capacité d’attention, voire de réflexion, même si elle dégringole rapidement l’après-midi, elle tient encore la rampe le matin : en témoignent trois dossiers qui me tiennent à cœur : les composts enrichis aux phosphates naturels, le Sahel comme entité géopolitique et l’ "arbre du Paradis".
Mais ce que découvre semaine après semaine, c’est que mes limites se resserrent :
La mémoire immédiate, c’est la traîtresse de chaque instant. Le mini-carnet dans la poche est indispensable : une idée, il faut la noter dans la seconde. C’est aussi la fatigue mentale, qui se manifeste dès la sieste : l’incapacité à faire un mot croisé, à s’occuper de plusieurs choses à la fois, où je n’ai pas été si mauvais passé un temps.
Reste alors la solitude vespérale, ces soirées de face-à-face avec soi-même, à ruminer : si jeunesse savait, si vieillesse pouvait. Car le soir, les enfants comme les amis vaquent à leurs occupations : le vieil homme est face à lui-même.
Heureusement, le remède miracle existe, c’est la western thérapie : quoi de mieux qu’un bon classique du genre, avec ses paysages, ses personnages, ses scénarios simplistes, les bons face aux méchants ? On en oublie même de se poser des questions basiques : les fourrages pour les chevaux et les troupeaux, où sont-ils ? des filles qui sortent du coiffeur au fin fond de la brousse, ça existe ? des révérents qui cachent leurs pistolets dans leur bible, on a déjà vu ça ?
Mais voilà, la magie du western, c’est qu’on ne se pose jamais de questions : on gobe tout.
J’en profite pour vous en recommander un : "Rio Verde", une vieillerie super-sympa où un gaillard solitaire veut échanger la mitrailleuse qu’il a volée lors de la guerre de Sécession contre une femme. Il fallait y penser ! Questions paysages, jolies filles super-élégantes sortant de chez le coiffeur, bagarres de saloon et défourraillements, rien ne manque ! Et la scène finale : un vrai régal !
Pensez-y : une très bonne soirée en perspective !

