
Plusieurs fois par semaine, je me rends au Boulidou pour faire le plein de fruits et de pélardons. Ce sympathique quartier commercial de St Clément de Rivière est vraiment enchanteur : de reposantes couleurs, à l’italienne, le ciel bleu garanti 240 jours par an (c’est la dose à proximité de la Méditerranée).
Assis à l’ombre d’un respectable olivier ornemental, je repose mon popotin avant de prendre le chemin du retour, mon panier d’osier au bras. Et je ne pense à rien, mais vraiment à rien. A 92 ans, comme vous le savez, j’ai passé la main dans tous mes ex-domaines d’activité. En parfaite santé physique, je ne souffre de rien. Idem pour la santé mentale, car je suis entouré d’affection et d’amitiés, et que j’entretiens soigneusement la machinerie, hélas non brevetable : la très efficace "centrifugeuse à idées noires" : Poutine, Trump, Xi Jinping... disparaissent sur commande de mon paysage.
Passent ainsi devant moi des petits jeunots dans mon genre (Le Boulidou n’a rien d’un jardin d’enfants), de parfaits inconnus. Et alors, spontanément, s’esquisse un sourire, qui en déclenche un autre, en retour : le miracle du sourire s’est accompli ! Chacun poursuit son chemin, avec son petit rayon de soleil dans le cœur.
Me reviennent ainsi en mémoire de sages préceptes, comme :
- La bienveillance est le sourire de l’âme qui se répand sur le visage.
- D’un enfant le sourire agrandit l’univers
- Un sourire qui dure donne plus de joie qu’un éclat de rire.
Pour entretenir ces états d’âme paisibles, j’écoute des musiques apaisantes (Georges Moustaki) et stimulantes (les inaltérables mariachis). Du premier, vous vous rappelez peut-être "Le temps de vivre" :

En ces temps-là, en France, la bouilloire de mai 68 était en surchauffe, et voilà que le bonhomme nous transportait sur une autre planète.
Au Chili, Allende venait d’accéder au pouvoir, les expropriations de "fundos" allaient bon train, et nos rêves autogestionnaires les plus fous semblaient à portée de main. Passons sous silence le 11 septembre 1973, le coup d’état, la répression féroce qui s’en est suivie. Le droit au sourire, c’est aussi le droit de rêver en plein cauchemar, ou encore, de vous plonger dans l’univers mexicain par exemple avec des mariachis pleins de tendresse et de gaieté :
Bref, la joie de vivre, ça se cultive. À quand un manuel de "culture de la joie de vivre" ? À 92 ans, serait-ce réaliste que je m’y lance ? Même si je ne désespère pas d’atteindre les 102 ans, comme je l’ai confessé dans une autre pochade.
Et toi, ma belle Geneviève, avec ton si beau sourire, qu’en penses-tu ? Ne serait-ce pas temps que je vienne te retrouver (un quart de siècle déjà !) ? Certes ton sourire m’accomagne jours et nuits…
Allez, assez papoté, je vous quitte, "tout sourire".
Hasta la proxima !
Y, por supuesto, hasta la victoria siempre !