.     Les pochades du baobab     .

Posez à des jeunes urbains d’aujourd’hui la question suivante : "Un pot de chambre, à quoi ça ressemble ? à quoi ça sert ?". Je parierais volontiers que la majorité d’entre eux n’en a pas la moindre idée : "Cest quoi ça d’abord ?" comme diraient de jeunes Africains de ma connaissance.


Or, quoi de plus naturel, biologique, mondial, trans-sociétal, que de se soulager ?


L’homme de Néandertal ny échappait pas plus que nous. Imaginons dailleurs la scène suivante : en plein hiver, une famille de ces générations est tapie au fond de sa grotte, autour du feu, et la voix d’un(e) gamin(e) s’élève : "Maman, j’ai besoin de faire pipi !". Disposeront-ils d’un récipient ad-hoc, bien au chaud, ou le jeune devra-t-il exposer ses bijoux de famille à de rudes intempéries ?


Quelques millénaires plus tard, déplaçons-nous à Versailles, où le Roi a organisé un bal auquel participe la fine fleur de la noblesse : les bons vins coulant à flots, plusieurs centaines de personnes endimanchées séclipsent de temps en temps derrière dépaisses tapisseries pour satisfaire leurs besoins dans des récipients ad hoc : des pots de chambre. Une invention certainement ancienne, mais qui ne figure pas dans les traités de Mallet et Isaac. Étaient-ils fournis par la Cour, ou chacun venait-il avec le sien, marqué aux blasons familiaux ?


Rendons-nous maintenant dans notre époque, par exemple après la deuxième guerre mondiale, de mon temps donc. À la campagne, jai souvenir de cabanes au fond du champ, avec un siège en bois pas très confortable quand il gèle dehors ! Et, en ville, les réservoirs souterrains au pied des immeubles quune entreprise spécialisée vidait périodiquement. À Lyon, au passage des camions citernes de lUMDP (Union Mutuelle des Propriétaires), les potaches que nous étions entonnions lhymne que nous leur prêtions : "Pompons la m…, et pompons la gaiement, et ceux qui nous

em…, on les mettra dedans !"


Au passage, une pensée pour les caravanes transsahariennes. Théodore Monod, qui en a été familier, rapporte qu’elles ne devaient s’arrêter sous aucun prétexte. En cas d’urgence, on devait descendre de son chameau, satisfaire ses besoins, le rattraper en courant et remonter dessus. Une pratique assez sportive, sans aucun doute.


Bref, des pratiques, des cultures, de quoi documenter et illustrer un sujet majeur : "Histoire et graphie des latrines depuis l’homme de Néandertal". À quand une thèse sur ce sujet, illustrant linventivité de lespèce humaine ainsi que les différenciations culturelles et sociales ?


Mais, de nos jours, le pot de chambre peut contribuer à la sérénité. Au fil des conversations, j’apprends que tel ou tel s’est grièvement, voire mortellement blessé en se précipitant urgemment aux toilettes, de nuit. Le pot de chambre au pied du lit ne devrait-il pas figurer aux recommandations des services de santé publique ?


J’en suis personnellement un adepte, et suis ainsi heureux de contribuer à sa promotion…

Le retour du pot de chambre
Le monde d'aujourd'hui
Septembre 2023