
Dix minutes maxi, c’est le temps que je passe à la cuisine chaque jour pour préparer mon casse-croûte. Voilà des années que je me suis fixé cette règle, et je m’y tiens. Pourquoi me direz-vous ? Deux raisons : à la cuisine, je m’ennuie, et surtout je suis nul de chez les nuls.
Prenez le cas de mon Himalaya gastronomique, la tarte soleil au houmous, dont je vous livre gracieusement la recette ci-dessous : aucun de mes hôtes à qui j’en ai servi n’en a jamais repris. Heureusement pour moi d’ailleurs, car je l’adore et m’en prépare une chaque semaine, sans toutefois dépasser les 10 mn de préparation : quand on a des principes, il faut s’y tenir.
Explication historique à mon incapacité : j’ai été interdit de cuisine jusqu’à l’âge de 70 ans. Gamin, maman, qui pourtant m’adorait et était une excellente cuisinière (la grande tradition lyonnaise) m’a toujours expulsé de la cuisine : "Mon petit, ce n’est pas ta place !". Marié, Geneviève, excellente cuisinière par ailleurs, m’a tenu les mêmes propos : "Mon chéri, ce n’est pas ta place !". Elle y a pourtant accueilli mes trois enfants, et je ne m’en suis pas offusqué. Après tout, se mettre les pieds sous la table et voir arriver un soufflé gonflé et doré à point, ce n’est pas pénalisant.
Ainsi, à 70 ans, âge qui n’est pas le meilleur pour les apprentissages, mon savoir-faire culinaire culminait avec les œufs à la coque : quatre minutes montre en main, ce n’est pas un exploit. Et l’échec de mon Himalaya gastronomique m’a définitivement découragé de faire des efforts. La majorité de mes invités ont d’ailleurs pris l’excellente habitude d’apporter la bouffe et d’assurer la finition en cuisine.
Résultat : mes plats sont cuisinés ailleurs, par des tiers, qui s’appellent : CCAS du Grau du Roi, livré à domicile une fois par semaine, ARGEL et TOUPARGEL*, deux fois par mois chacun. Et mon frigo déborde de victuailles, d’autant que je me prépare quand même des salades et des potages, dans les délais impartis bien entendu.
* : publicité non payée. Dommage !
A propos de 10 mn maxi, j’ai appris au détour d’une émission que Chirac, quand il était en tournée électorale dans la France profonde, pouvait avoir des faiblesses pour une belle militante pleine d’ardeur. La consigne de son service d’ordre était alors très stricte : « OK, Président, mais cinq minutes maxi, douche comprise ! ». Ce qu’il en est des contraintes de la vie politique.